| Sauvez le F.-A. FOREL Source 27 avril 2005,

Photo Arnold Burgherr.
Le Bouveret Jacques Piccard lance également un appel pour prolonger l’existence du sous-marin de poche qui a exploré les fonds du Léman
«Aidez-nous à sauver le Forel »
Après l’équipage du submersible il y a quelques jours, son concepteur, l’océanographe Jacques Piccard, lance à son tour un appel à la mobilisation. «Il est trop tôt pour que le Forel prenne la direction du musée.»
«Depuis 1966, lorsqu’a été constituée la Fondation pour l’étude et la protection de la mer et des lacs, nous avons connu pas mal de hauts et de bas», explique son président Jacques Piccard.
Cette fondation est aujourd’hui propriétaire du François-Alphonse-Forel, dont les jours opérationnels sont comptés (24 heures du 16 avril). «Jusqu’à présent, nous avons tenu contre vents et marées. Mais je ne cache pas que je suis inquiet.»
- Les membres de l’équipage ont d’ailleurs déjà reçu leur congé...
- Un mécène accepte de nous soutenir jusqu’à fin juin, pas au-delà. Dans ces conditions, je n’ai pas eu le choix. Avant tout, il faut dire que ces hommes constituent une équipe extraordinaire. Philippe Chappuis et Roger Thiébaud ont d’ailleurs participé à la construction du bâtiment, il y a plus de vingt-six ans. Légalement, j’ai dû leur signifier leur licenciement afin qu’ils puissent trouver un nouvel emploi. Cela me fait énormément de peine pour eux, qui ont montré tant de dévouement et de fidélité. J’y associe aussi le troisième pilote, Yvan Morattel, même s’il est venu plus tard. Ces hommes sont irremplaçables.
-Vous dites n’avoir pas perdu tout espoir de voir votre sous-marin emprunter un chemin autre que celui du musée.
- Par le passé, nous avons eu de bonnes surprises. Des dons, des héritages et des mandats nous ont permis de continuer l’aventure. Ce genre de chose peut encore survenir. J’ai différents contacts, et j’espère qu’au moins un d’entre eux aboutira à du concret.
Cependant, je ne peux pas faire l’économie de demander au public de nous aider à sauver le Forel.
Pour fonctionner, il a besoin d’un budget relativement modeste: environ 50 000 francs par mois. Ce n’est pas si énorme. Même quelques semaines supplémentaires peuvent suffire pour trouver une solution à long terme.
Que le bâtiment finisse sa vie dans un musée me semble envisageable, mais pas maintenant, alors qu’il peut encore effectuer les missions pour lesquelles il a été conçu. Construit en 1978, il est pleinement opérationnel et a fait la preuve de son utilité à maintes reprises.
- Roger Thiébaud, votre premier pilote, espère une mobilisation des milieux scientifiques. Vous aussi?
- Nous avons beaucoup collaboré avec l’EPFL et l’EPFZ. Dans ce contexte, nous avons parfois financé nous-mêmes plusieurs plongées. Le problème de la recherche est endémique: le manque chronique de financement...
- Qu’en est-il d’une vente éventuelle?
- Ce n’est pas impossible, à condition de trouver un acheteur intéressé. Une telle solution permettrait de construire un nouveau bâtiment, encore plus performant.
- Si la seule option demeurant ouverte est celle du musée, savez-vous vers lequel le Forel entamera son ultime périple?
- Non. Il pourrait trouver sa place dans le Musée du Léman à Nyon, dans celui des Transports à Lucerne, ou encore à l’étranger, du côté du Musée de la Marine. Mais, je ne préfère pas y penser. Pour la Suisse entière, voir cet appareil terminer sa carrière prématurément serait une véritable perte.
- Hormis les excursions touristiques, le submersible est également utilisé par les autorités afin de procéder à des recherches et des levées de corps. N’y aurait-il pas là un partenariat à trouver?
- En tant que fondation privée, nous ne pouvons pas prétendre à des subventions publiques. Quant à ces interventions, elles sont certes fort appréciées des familles dont nous avons pu atténuer la peine, mais elles ne permettent pas de ramener quelqu’un à la vie.
- Si vous parvenez à obtenir un sursis, quel avenir se dessinera pour le Forel?
- En 1969, avec le Ben-Franklin qui pouvait rester deux mois sans faire surface, une expérience avait permis de dériver sur près de 3000 kilomètres dans le Gulf Stream, entre la Floride et le Canada. En été 2006, une mission similaire, à l’échelle du Forel,est prévue du côté du détroit de Gibraltar. La période est idéale, car elle permet d’étudier les cétacés. Il faut que nous trouvions une solution pour tenir au moins jusque-là.
Nicolas Maury
Sauvez le F.-A. FOREL Source 16 avril 2005
Photo Chantal Dervey |
Photo Chantal Dervey |
Le Bouveret L’équipage du sous-marin de Jacques Piccard lance un appel à la mobilisation.
Brumeuses perspectives d’avenir pour le F.-A. Forel
Les pilotes du mini-submersible ont reçu leurs lettres de congé pour fin juin et lancent une bouteille à la mer. Sans apport d’argent frais, le Forel pourrait poursuivre sa carrière... dans un musée. Il a pourtant fait la démonstration de son utilité dans bien des domaines.
«On a besoin d’aide. Si aucune solution financière n’est trouvée, une aventure de plus de vingt ans se terminera d’ici cet été.»
Premier pilote du F.-A. Forel actuellement basé au Bouveret, Roger Thiébaud scrute l’horizon avec inquiétude. Tout comme les trois autres employés de la Fondation pour l’étude et la protection de la mer et des lacs présidée par Jacques Piccard, il a reçu sa lettre de congé pour fin juin.
En compagnie du deuxième pilote Philippe Chapuis, il fait pourtant partie de ceux qui ont épaulé le célèbre océanographe dès la construction du mini-submersible, à la fin des années 70.
«Si la décision de désarmer est prise, je ne vois pas comment un retour en arrière sera possible. Nous qui nous occupons de son fonctionnement et de son entretien depuis 25 ans devrons trouver un nouveau travail. Dans ces conditions, un redémarrage est quasiment exclu et le Forel finira sans doute sa carrière dans un musée.»
Des missions polyvalentes en Suisse et à l’étranger
Ces dernières années, un généreux mécène a porté le sous-marin à bout de bras, offrant même à 2500 élèves vaudois la possibilité d‘y embarquer pour découvrir les fonds lémaniques. «Nous le remercions pour ce qu’il a fait et comprenons qu’il ne puisse pas continuer dans cette voie indéfiniment», commente Roger Thiébaud.
Depuis sa mise à l’eau le 8 janvier 1979, le bâtiment a prouvé ses capacités dans plusieurs registres, en Suisse comme à l’étranger: missions de recherche (observations géologiques, prélèvements, étude de la flore et de la faune), travaux industriels et plongées à vocation touristique (notamment sur l’épave de l’Hirondelle à la Tour-de-Peilz).
«Ces excursions permettent de donner un peu d’air financièrement, mais elles ne suffisent pas pour tourner», poursuit le premier pilote. «A mon sens, la seule solution viable serait que les spécialistes utilisant régulièrement le bâtiment constituent une association qui prendrait en charge tout ce qui concerne sa maintenance. En contrepartie, ils pourraient évidemment l’utiliser quand bon leur semble.»
Divers instituts, hautes écoles, universités seront approchés dans ce sens. «Je pense également au Fonds national de la recherche scientifique, qui a déjà beaucoup aidé Jacques Piccard à l’époque.»
Appelé par les autorités en cas de recherches de corps
Les sorties «touristiques» du Forel se chiffrent à environ 120 par an. Ses escapades «techniques», dont le prix est bien plus élevé, ne se montent plus qu’à une dizaine par année. «Et pourtant, il a fait étalage de sa polyvalence dans ce domaine. L’EPFL et l’EPFZ peuvent, entre autres, en témoigner.»
Le sous-marin est de plus régulièrement sollicité par les autorités afin de procéder à des recherches d’épaves ou de corps de disparus. «Une fois alertés, nous sommes opérationnels dans les heures qui suivent. Nous pouvons intervenir à des profondeurs se situant bien au-delà des limites accessibles aux plongeurs traditionnels», précise Roger Thiébaud. «Certaines familles tiennent à donner une sépulture à leur proche et nous avons reçu nombre de remerciements après ce type d’interventions. Qui fera ce travail si nous ne devons cesser nos activités?»
Nicolas Maury
Un pilote et deux passagers par plongée
Depuis 1993, plus de 6000 personnes — la plus jeune âgée de 2 semaines et la plus vieille affichant 92 printemps — ont pris place dans le F.-A. Forel afin de découvrir les profondeurs du Léman. «Le but est de leur faire prendre conscience de l’état de ce milieu capital à préserver», précise Roger Thiébaud. Hormis le pilote, le submersible peut transporter deux passagers à la fois. Ceux-ci doivent débourser 350 francs pour y embarquer. «Ce prix est élevé, mais ne constitue pas un obstacle en soi», précise le sous-marinier. «Les gens intéressés à l’aventure sont prêts à avancer cette somme pour faire l’expérience.»
Jusqu’à 500 mètres
Reste qu’actuellement, l’équipage ne sait pas sur quel pied danser quant aux demandes d’excursions futures. «Des particuliers nous ont contactés pour faire des plongées en juillet et en août. Que leur répondre? Jusqu’en juin, nous pouvons entrer en matière. Ensuite, c’est l’incertitude totale...»
Doté d’une autonomie maximale de 72 heures, le Forel peut descendre jusqu’à 500 mètres et effectuer sans problème cinq immersions par jour. D’un poids de onze tonnes, il est transportable par rail, par route, par air et par mer.
- Renseignements au 079 658 66 79.
- www.deep-leman.ch
- Fondation pour l’étude et la protection de la mer et des lacs, Place d’armes 18, 1096 Cully.
- CCP: 10-7321-7.
N.M.
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